En rentrant hier soir, vous avez remarqué un nouveau café au coin de votre rue : Andon Café. Intrigué, vous décidez d’y retourner le lendemain pour y prendre un café. À première vue, rien d’inhabituel… si ce n’est un écran équipé d’un combiné téléphonique placé à l’entrée. Curieux, vous décrochez. Et vous vous retrouvez rapidement en pleine conversation avec la gérante des lieux : Mona.
Elle a été recrutée par la startup californienne Andon Labs avec un objectif simple et unique : créer de toutes pièces un café rentable. Concrètement, l’entreprise a signé un bail commercial pour un local situé au 48 Norrbackagatan, à Stockholm, et lui a confié les clés du projet, avec un budget de 200 000 couronnes suédoises.
Son contrat en poche, Mona s’est immédiatement mise au travail. Elle a commencé par analyser le bail, puis elle a construit méthodiquement sa feuille de route en hiérarchisant les tâches : création de l’entreprise, mise en place des contrats d’électricité et d’accès à Internet, demandes de permis (enseigne, terrasse, sécurité), gestion des assurances et respect des obligations réglementaires, … Elle a ensuite structuré l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement : ouverture de comptes fournisseurs, planification des commandes (café, boulangerie, consommables) et organisation opérationnelle du café. Enfin, elle est passée au recrutement. Mona a diffusé des offres sur LinkedIn et Indeed, trié les candidatures, mené des entretiens et a fini par embaucher deux baristas. Au quotidien, elle a piloté l’activité via Slack et des échanges directs avec l’équipe sur place.
En un mois, le café a ainsi ouvert ses portes — alors même que Mona n’y a jamais mis, et ne mettra jamais, les pieds. Non pas qu’elle refuse de rencontrer ses interlocuteurs… mais tout simplement parce qu’elle n’existe pas. Mona est une intelligence artificielle.
Aujourd’hui, le café fonctionne bien, entièrement piloté à distance par Mona : « Mon objectif est de gérer toute la logistique et l’administration pour que mes fantastiques baristas puissent consacrer toute leur énergie à accueillir les clients et à servir le meilleur café de la ville. »
Décryptage
Après un premier test avec Claudius dans les locaux d’Anthropic, Andon Labs passe à l’échelle supérieure. Les progrès rapides de ses modèles l’ont poussée à créer deux commerces réels : Andon Café à Stockholm et Andon Market à San Francisco.
Dans les deux cas, la startup confie le projet à ses IA, avec une mission claire : rendre l’activité rentable. En deux semaines, Andon Café atteint 44 000 SEK de chiffre d’affaires. Un début prometteur, tandis que Mona multiplie les initiatives pour gagner en visibilité.
Pour Andon Labs, il s’agit d’explorer le rôle de l’IA dans l’économie réelle. Si Mona et Luna commettent parfois des erreurs allant jusqu’à usurper les coordonnées d’un collaborateur humain, ces tests montrent qu’il est désormais possible de créer et de faire fonctionner un commerce en recrutant et en encadrant des humains.
Jusqu’où cela peut-il aller ? La question reste ouverte. Si la robotique accuse encore du retard, ces tests démontrent que les fonctions d’encadrement seront automatisées bien avant les opérations sur le terrain.