Quelques mois après son lancement en 2025, Blacksheep profite des fêtes de fin d’année pour aller à la rencontre du grand public avec l’ouverture d’un pop-up, du 3 décembre au 9 janvier 2026, rue de Rivoli. Où exactement ? Chez Polette. Un choix logique : les deux marques partagent le même fondateur, Pierre Wizman.
Pourquoi un espace éphémère ? Parce que Blacksheep est une marque 100 % digitale. Son modèle repose sur une idée radicale : connecter directement l’acheteur au fabricant. Un schéma Manufacturer to Consumer (M2C) qui a déjà fait ses preuves en Chine avec Pingduoduo, puis à l’international avec Temu.
Pour le consommateur, la promesse est claire — et redoutablement efficace : des montures à partir de 2,95 €, des verres unifocaux dès 5,95 € et des progressifs à 25 €. Difficile de faire moins cher. Ces prix s’expliquent par la suppression des intermédiaires, mais aussi par une quasi-absence de publicité remplacée par le bouche-à-oreille et la couverture médiatique.
Sur le site, plus de 20 000 références sont disponibles. Pour s’y retrouver, l’utilisateur peut filtrer par matériaux, coloris, formes, dimensions ou budget, évitant ainsi le scrolling infini. Il peut également télécharger une image pour identifier des modèles similaires à ceux qu’il a aperçus dans la rue ou sur les réseaux sociaux. Demain, il pourra aussi s’appuyer sur un assistant IA. Une fois la monture choisie, il ne reste plus qu’à sélectionner les verres — simples ou progressifs — ainsi que les traitements souhaités. L’ordonnance peut être téléchargée directement ; à défaut, si elle n’est plus récente et que la vue est restée stable, il est possible de renseigner manuellement sa correction (sphère, cylindre, axe) et l’écart pupillaire.
Dernière étape : le paiement. La paire de lunettes est ensuite livrée sous 6 à 10 jours.
Visite guidée
Vous venez de casser vos lunettes. Pas de chance : elles ont à peine un an et demi et votre mutuelle ne prend en charge une nouvelle paire que tous les deux ans. Attendre encore six mois ? Pas forcément. C’est peut-être le bon moment pour tester le site et s’équiper sans se ruiner.
Vous cherchez une monture similaire à celle que vous avez actuellement ? Il suffit de télécharger une photo récente dans la barre de recherche : le site vous propose instantanément une sélection de modèles correspondants.
Vous hésitez entre trois paires ? Cliquez sur « Essayer », prenez une photo de votre visage pour les tester en réalité augmentée. De quoi affiner votre choix avec l’aide de vos proches ou de vos collègues
Le prochain rendez-vous chez l’ophtalmologiste est dans huit mois ? Via le site, vous pouvez prendre rendez-vous chez Polette pour un test de vue. Une fois les mesures réalisées, il ne reste plus qu’à les renseigner en ligne pour commander vos verres.
Récupérer les lunettes. Entre votre arrivée sur le site et le paiement, 15 minutes se sont écoulées. Vos lunettes entrent alors en production. Il ne reste plus qu’à patienter : le livreur devrait vous les déposer sous 6 à 10 jours maximum.
Décryptage
« Le Shein de la lunette. » « Une ubérisation totale de la filière : plus d’intermédiaires, plus de surmarges, plus de fiction. » « L’optique traditionnelle, dominée par quelques grands groupes, est devenue une fraude à la France et à l’esprit même de son système de protection sociale. »
Blacksheep assume et revendique son positionnement disruptif. Un modèle inspiré de Airbnb ou Uber. Après les propriétaires et les chauffeurs, une mise en relation directe avec les fabricants pour proposer un produit moins cher au consommateur. La disruption est totale.
Polette propose « des lunettes sur mesure et personnalisées à prix d’usine à partir de 30 €, en éliminant tous les intermédiaires ». Il reste cependant un dernier intermédiaire : la marque elle-même. Blacksheep l’élimine en s’appuyant sur le Manufacturer to Consumer. L’avènement de l’ultra-low cost. Pas d’intermédiaires. Zéro budget marketing. La notoriété se fait uniquement via le bouche-à-oreille et la couverture médiatique. Les plateformes de fast fashion et d’ultra-fast fashion ont réussi. Pourquoi ne pas envisager la même révolution pour l’optique ? Fini la règle d’une paire de lunettes neuve tous les deux ans. On peut en collectionner à l’infini. Elles deviennent désormais un accessoire de mode, à assortir à la tenue ou à l’humeur du jour.
L’arrivée de Blacksheep polarise le marché. Historiquement, le secteur repose à la fois sur le conseil et sur des offres promotionnelles agressives : « 2 paires de plus pour 1 € de plus », « -40 % sur les montures et verres optiques, et une deuxième paire offerte ». Face aux prix ultra-compétitifs de Blacksheep, les acteurs traditionnels ne peuvent pas rivaliser. Il leur reste donc l’humain comme levier, et une question cruciale demeure : quel est le juste prix aux yeux du consommateur de la relation client ?