En lançant faim, son nouveau concept de restaurant en partenariat avec Amazon et sa technologie Just Walk Out, Flunch fait le pari d’un rajeunissement de sa clientèle en ciblant les 17-30 ans. Une évolution stratégique pour l’enseigne, placée en procédure de sauvegarde en 2021 avant d’engager une vaste phase de restructuration, marquée notamment par la fermeture de 57 restaurants.
La logique est claire : rapprocher l’enseigne des clients en s’implantant davantage en centre-ville, tout en proposant une restauration accessible, du petit-déjeuner au dîner, et en fluidifiant au maximum le parcours d’achat. En contrepartie, la promesse historique des frites et légumes à volonté, qui a longtemps construit l’identité populaire de l’enseigne, disparaît dans ce nouveau format.
Concrètement, l’expérience est invisible. À l’arrivée du client, le portillon s’ouvre automatiquement. Caméras et capteurs identifient et suivent ses choix. Il commande un couscous royal auprès du personnel ; le panier s’incrémente. S’il décide d’échanger une mousse au chocolat contre un cheesecake, le système met immédiatement à jour le montant des achats. Une fois la sélection terminée, il scanne sa carte bancaire pour franchir le portique de sortie. Le compte est débité instantanément. Bref, la déclinaison « restaurant » du modèle de magasin sans caisse popularisé par le géant de Seattle avec Amazon Go et Amazon Fresh.
Visite guidée
Une petite faim ? Deux options s’offrent à vous. Commander à distance pour vous faire livrer ou récupérer votre repas en click & collect, ou bien pousser la porte du restaurant et choisir directement sur place. Si vous êtes dans le quartier, autant profiter de l’expérience en boutique. Pas besoin de vous authentifier à l’entrée : le portillon s’ouvre automatiquement et la technologie prend le relais pour vous accompagner, invisible, tout au long de votre parcours.
Pour le déjeuner, l’embarras du choix : sandwichs, salades, plats cuisinés, sans oublier les deux plats du jour préparés sur place. Ajoutez une entrée, un dessert, une boisson chaude ou froide… Bref, composez un vrai repas, comme au restaurant. Pendant ce temps, caméras et capteurs au plafond remplissent et mettent à jour votre panier. Aucun scan, aucune action à faire : tout se synchronise en temps réel.
Si vous optez pour le paiement autonome, pensez à renseigner votre email sur la borne dédiée. Vous recevrez ainsi votre reçu numérique pour vérifier le contenu et le montant de votre panier. En effet, ici tout est 100 % virtuel : le détail de vos achats n’est ainsi visible qu’après le règlement.
Deux possibilités, là encore. Régler à la caisse, celle qui gère également les commandes click & collect, ou choisir le parcours autonome. Dans ce cas, il suffit de scanner votre carte bancaire sur le terminal situé à côté du portique de sortie. C’est payé. Le portique s’ouvre. Vous sortez pour déguster votre repas.
Le restaurant ne dispose pas de places assises. Si vous préférez éviter de déjeuner devant votre écran, installez-vous sur l’un des bancs de la rue piétonne. Quelques minutes plus tard, entre 2 et 10 minutes, votre reçu arrive par email. Prenez le temps de vérifier tranquillement le montant et le détail de votre repas avant de savourer votre pause.
Décryptage
L’expérience proposée par faim est convaincante. Le concept repose sur deux piliers : une offre généreuse et des prix contenus. On imagine aisément un déploiement de ce format par Flunch dans des zones de flux comme les gares lilloises à l’image de ce que propose Rewe To Go en Allemagne sur les quais de la gare centrale de Cologne.
Le lancement de faim s’inscrit par ailleurs dans un contexte particulier. La même semaine, Amazon Go et Amazon Fresh ont annoncé la fermeture de leurs derniers points de vente encore actifs. Pendant ce temps, des acteurs comme Rewe et Tesco poursuivent l’exploitation de leurs magasins autonomes. Pour autant, le modèle n’a pas disparu. Il s’est déplacé vers des environnements à forte valeur d’usage comme les villages isolés de Norvège ou les zones rurales françaises avec Api, L’enjeu n’est plus de substituer le supermarché classique mais d’insérer le commerce dans le flux de mobilité du client.
C’est précisément la logique incarnée par faim. L’avenir de ces formats semble s’orienter vers le convenience : des micro-surfaces intégrées dans des parcours d’usage précis et adressant des publics spécifiques — supporters dans les stades, voyageurs dans les aéroports ou usagers pressés dans les gares. Cette approche se retrouve dans le déploiement par la startup portugaise ReckonAI de ses distributeurs intelligents boostés au computer vision chez IKEA ou Carrefour.
Reste toutefois un bémol lors de la visite. Un paiement de 23,80 € au lieu des 11,40 € attendus. Il s’explique par le délai de fermeture du portique — environ huit secondes — durant lequel une autre personne est sortie simultanément. Le système a alors associé ses achats, pourtant réglés en caisse physique, à ma transaction. Bonne nouvelle cependant : l’équipe sur place s’est montrée réactive. Après signalement, le remboursement a été effectué immédiatement. On y verra un bug de jeunesse. Comme le veut l’adage, chat échaudé craint l’eau froide. On ne m’y reprendra sans doute pas.